À cinq semaines du référendum britannique sur le Brexit, les sondages donnent le maintien dans l'UE victorieux d'une courte tête. Si ceci constituerait un soulagement pour Bruxelles, le chemin vers le redressement de l'UE reste encore long.

Depuis la crise de 2008, l'Union Européenne demeure engluée dans ses difficultés. Outre la crise des dettes nationales et le maintien d'un niveau de chômage important, le continent semble impuissant face à l'afflux de réfugiés qui frappent à sa porte. Alors que le désamour des citoyens pour les institutions européennes grandit chaque jour, le repli sur soi gagne du terrain, contraignant l’Union Européenne à se réinventer.

Les timides signes de reprise

Avec +1,5 % de croissance en 2015, la zone Euro a enregistré son meilleur résultat depuis 2011 (1). Le chômage poursuit sa décrue depuis plusieurs mois et la politique accommodante de la Banque Centrale Européenne, qui a abaissé son taux directeur à 0 %, semble porter quelques fruits. Ainsi, la consommation et le crédit repartent à la hausse et des secteurs tels que l'immobilier ou l'automobile affichent une forte croissance (2).

Néanmoins, l'endettement des États poursuit sa progression et les déficits publics de plusieurs d'entre eux demeurent importants. Ainsi, l'Espagne et le Portugal pourraient même se voir appliquer une amende par Bruxelles pour non respect de leurs objectifs budgétaires. En cause : leurs déficits publics respectifs de 4,4 % du PIB et 5,1 % (3) l'an dernier.

Des turbulences politiques à prévoir

Si la plupart des indicateurs sont passés au vert, la reprise demeure pourtant fragile. De plus, le ralentissement important de la croissance mondiale donne quelques sueurs froides aux économistes.

De leur côté, les citoyens tardent à sentir les effets de cette reprise. On assiste même dans la plupart des États à une tendance au repli sur soi. L'Europe apparaît souvent comme un bouc émissaire. La virulente campagne des partisans britanniques d'une sortie de leur pays de l'UE en est un exemple. Et en cas de victoire du camp du Brexit, plusieurs États pourraient être tentés par l'expérience, depuis les Pays-Bas jusqu'à la Pologne, en passant par la République Tchèque.

Vers un "noyau dur" de pays pour sortir l'Europe du blocage ?

Temporiser pour attendre que les choses s'améliorent n'est plus une option pour l'Europe. C'est dans ce contexte que l'idée d'un "noyau dur" qui donne le ton ressurgit. Cette idée part d'un constat simple. Alors que les intérêts des différents pays sont aujourd'hui trop divergents, cette paralysie ne doit pas empêcher les États qui le souhaitent d'avancer vers plus d'intégration. De plus, les traités européens n'interdisent pas la signature d'autres traités inter-gouvernementaux parallèles.

En France, ce recentrage de l’Union autour de son "noyau dur" rencontre de nombreux soutiens. À droite, Nicolas Sarkozy souhaite qu'un nouveau traité soit ratifié avant fin 2017. De soin côté, Bruno Le Maire désire travailler sur un projet de traité avec les 6 États fondateurs de l'UE. À gauche, Emmanuel Macron a récemment appelé de ces vœux la ratification d'un "traité refondateur".

Parmi les principales pistes envisagées, doter la zone Euro d'institutions démocratiques et d'un pouvoir décisionnel revient régulièrement. Pour l'économiste Thomas Piketty, ceci pourrait prendre la forme d'une Chambre regroupant les représentants des Parlements et des partis politiques des pays souhaitant y participer (4). Cette Chambre serait alors appelée à se prononcer sur les questions budgétaires et financières de la zone, du Mécanisme Européen de Stabilité au contrôle des déficits, en passant par la dette. À terme, une telle intégration pourrait donner lieu à la création d'un impôt commun dont les revenus seraient alloués au développement des infrastructures ou au système éducatif.

Source : YouLoveWords.com