4ème puissance économique mondiale, l’Allemagne multiplie les records grâce à la force de son industrie. Ce qui ne veut pas dire que son économie ne montre pas également quelques signes de faiblesse. Côté Finances vous montre l’envers du décor.

Au 1er trimestre 2017, selon l’institut fédéral de statistiques Destatis, l’économie allemande a affiché une progression de 0,6 %, après un bond de respectivement 0,2 % et 0,4 % aux 3ème et 4ème trimestres 2016. Ajoutez à cela son excédent commercial de 253 milliards d’euros en 2016, porté par ses traditionnels points forts (automobile, chimie, machines-outils, etc.) et l’Allemagne ferait volontiers figure de maître de l’Europe. Vraiment ?

Sa grande faiblesse : des infrastructures publiques vieillissantes

Conséquence d’une économie florissante, les rentrées fiscales sont au rendez-vous. Un débat agite actuellement le pays pour savoir qu’en faire : faut-il en profiter pour réduire les impôts des particuliers et des entreprises ou, au contraire, lancer un grand programme d’investissement dans les infrastructures ?

L’économie allemande étant tournée vers l’exportation, celle-ci n’a nul besoin d’une grande campagne de travaux publics pour remplir les carnets de commande. Pourtant, ses infrastructures publiques vieillissantes en auraient bien besoin. Pourquoi ? Car la dégradation de ces infrastructures, notamment de transports, commence depuis quelques années à inquiéter le patronat allemand, à commencer par le BDI, la Fédération de l’Industrie Allemande.

En 2014, l’état de 20 % des autoroutes, 41 % des routes nationales et 46 % des ponts allemands était déjà considéré « critique ». Un constat accentué en 2016 par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel : outre les ponts et les autoroutes, le taux d’investissement dans les infrastructures ferroviaires y est également décrit comme largement insuffisant.

Deux raisons majeures expliquent ce déficit d’investissement :

  • Premièrement, l’Allemagne paie le prix du manque de coordination entre le pouvoir fédéral et les Länder, qui se partagent le financement et la planification des grands travaux.

  • Deuxièmement, l’excédent budgétaire allemand 2016 devrait être affecté à des baisses d’impôt et non à l’investissement public. Il s’agit d’un enjeu politique pour Angela Merkel, en lice pour un 4ème mandat, et qui se distingue ainsi de son adversaire Martin Shulz, qui prône lui le retour à l’investissement.

L’Allemagne vit clairement au-dessous de ses moyens car elle peut se le permettre. En effet, si sa croissance pourrait être supérieure aux 1,9 % actuels, ceux-ci suffisent à maintenir ses équilibres économiques et budgétaires (la fameuse « règle d’or »). Et ce même si les autres pays européens seraient en droit d’espérer que l’Allemagne joue un rôle de locomotive pour la croissance du continent…

D’autres signaux d’alerte à prendre au sérieux

Outre la dégradation des infrastructures publiques allemandes, le faible taux d’investissement des entreprises de taille intermédiaire risque à terme de peser sur la compétitivité du pays.

  • Le taux d’investissement des entreprises en équipements est ainsi passé de 7,6 % du PIB en 2008 à 6,2 % du PIB en 2015.

  • Cette baisse n’est pas compensée par l’investissement en R&D, qui est passé de 1,4 % du PIB en 1995 à 1,9 % du PIB en en 2014.

  • Le vieillissement des dirigeants des PME et ETI allemandes (le fameux Mittelstand) n’incite guère à l’optimisme en matière d’investissements.

L’indépendance énergétique du pays est également en question. Le désengagement allemand du nucléaire nécessite de trouver de nouvelles sources d’énergie. Le charbon étant exclu et l’éolien atteignant ses limites, l’Allemagne a accru sa dépendance au gaz russe au cours des dernières années.

Enfin, la performance à l’export de l’économie allemande pourrait bien un jour se retourner contre elle. En cas de ralentissement de la croissance mondiale, l’Allemagne pourrait bien avoir besoin de se reposer davantage sur la consommation intérieure. Or, selon l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique, l’Allemagne présente un taux d’épargne parmi les plus élevés d’Europe : 10,1 % du produit intérieur brut en 2015 contre 2,5 % pour la France.

Ce qui pose finalement cette question simple : trop d’épargne tue l’épargne ?

Source : YouLoveWords Crédit Visuel : fotoVoyager / iStock