Le 13 juillet, Theresa May a succédé à David Cameron en tant que Premier Ministre du Royaume-Uni. Celle qui est chargée de gérer la sortie britannique de l'Union Européenne a récemment surpris en laissant entrevoir la perspective d'un « hard Brexit ». Mais quelles seraient les modalités d’un « soft » ou d’un « hard » Brexit ?

« Soft » Brexit (Brexit « doux ») ou « Hard » Brexit (Brexit « dur ») ? La question ne semble pas encore complètement tranchée. Si la nouvelle femme forte de Grande-Bretagne a annoncé son intention d'invoquer avant fin mars 2017 l'article 50 du Traité de Lisbonne relatif à la sortie d'un membre de l'UE, elle continue de cultiver les ambigüités. Cependant, selon la stratégie adoptée entre un Soft Brexit qui permettrait le maintien d'une certaine forme d'adhésion à l'UE, et un Hard Brexit qui reposerait sur un retrait pur et simple des engagements qui lient le Royaume-Uni au reste du marché unique, les conséquences seront très différentes pour le pays comme pour le reste du continent.

Qu'est ce que le Soft Brexit ?

Le Soft Brexit est l’option défendue par les travaillistes, les libéraux,et initialement, les conservateurs qui avaient fait le choix de militer pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union Européenne. Il consiste à prendre le temps de négocier et d'exiger des concessions mutuelles qui auraient un impact limité pour l'une ou l'autre des parties.

L'exemple régulièrement évoqué est celui d'un modèle « à la norvégienne ». Si le pays ne fait pas partie de l'Union Européenne, il dispose d'un accès au marché communautaire, moyennant une contribution financière annuelle. De même, les capitaux financiers et humains peuvent circuler librement depuis et vers les États membres de l'UE.

Ce modèle aurait l'avantage de ne pas mettre en danger une économie britannique fortement tournée vers le continent, puisque 55 % du commerce extérieur du Royaume-Uni se fait avec le reste de l'UE (1). Cela permettrait également de rassurer les marchés financiers et notamment la puissante City, pour laquelle un tel scénario permettrait de limiter à 4 000 les pertes d'emploi dans le secteur financier national (2).

Cette option rassurerait également les quelques centaines de milliers de travailleurs européens employés en Grande-Bretagne et qui craignent de ne plus pouvoir exercer leur emploi faute d'un permis spécial.

Pourtant, le scénario d'un Hard Brexit se profile

Si la plupart des analystes penchaient en faveur d'un Soft Brexit, le discours du Premier Ministre Theresa May devant le parti conservateur le 2 octobre a surpris. Malgré des termes ambigus, cette dernière a laissé entendre que le Royaume-Uni pourrait bien ne rien négocier !

Autrement dit, le pays renoncerait à la libre circulation des capitaux, des personnes, des services et des marchandises. En bref, il sortirait purement et simplement du cadre politique, économique et financier de l'Union Européenne, et ce sans la moindre contrepartie. C'est d'ailleurs la reprise en main des contrôles migratoires qui a accaparé une bonne partie de ce discours. Ce scénario est celui défendu par les plus fervents défenseurs de la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne, à savoir l’aile dure des Tories, le parti conservateur britannique, ainsi que le parti nationaliste UKIP.

Quelles seraient les conséquences d'un Hard Brexit ?

Les premières conséquences de ce discours ne se sont pas faites attendre. Le 7 octobre dernier, la Livre Sterling a dévissé de 7 % face au dollar (3). Dans la foulée, plusieurs entreprises britanniques sont montées au créneau pour dénoncer cette prise de position risquée. Le cabinet de consultants Oliver Wyman a ainsi publié un rapport mettant en garde le Royaume-Uni contre l’affaiblissement du secteur financier britannique qu’un Hard Brexit entraînerait : près de 75 000 emplois seraient menacés et il faudrait subir la perte de près de 43,2 milliards d’euros de revenus, en grande partie due au déplacement de nombreuses activités sur les places financières de Paris et Francfort (4).

De même, le commerce extérieur du Royaume-Uni serait affecté par une sortie de l'Union Européenne du fait du rétablissement des barrières douanières. Enfin, le pays serait contraint de renégocier des traités de libre-échange avec les nations tierces qui disposent d'accord avec le continent. Des dispositifs lourds, longs et risqués à mettre en place, même si, in fine, le Royaume-Uni disposerait d’un plus grand contrôle sur sa politique monétaire et commerciale. La seule question revient donc à savoir si cette perspective en vaut le prix à payer.

À cela s’ajoutent enfin des considérations politiques. Le Brexit semble revigorer le mouvement indépendantiste écossais, seule nation constitutive du Royaume-Uni à avoir voté très majoritairement pour un maintien au sein de l'Union Européenne. La Premier Ministre écossaise Nicola Sturgeon a mis en avant le fait qu'un Brexit dur pourrait coûter quelques 80 000 emplois à l'Ecosse et a annoncé la tenue d'un nouveau référendum d'autodétermination.

À ce stade, il est difficile de savoir si la position de Theresa May répond à une réelle volonté de couper tout lien avec le marché unique européen ou si elle s'inscrit dans une stratégie de négociation encore difficile à décrypter. Pour le savoir, rendez-vous en mars 2017 !

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Source : YouLoveWords.com

Crédit visuel : Peter Zelei / iStock