L’économie chinoise montre des signes de faiblesse. La brutale chute des cours de la Bourse de Shanghai et la dévaluation du yuan à l’été 2015 constituaient déjà deux premiers signaux d’alarme majeurs. Aujourd’hui, c’est le montant de la dette chinoise qui inquiète. Que faut-il craindre ?

Crise ou simple ralentissement économique chinois ?

Remettons tout d’abord les choses à leur place : il s’agit pour l’heure d’un ralentissement économique plus que d’une crise. Mais après près de trois décennies à plus de 10 %, la croissance de l’Empire du Milieu se situe autour de 7 % depuis 2014. Cet essoufflement est largement dû à l’évolution du modèle productif du pays.Auparavant centré sur l’industrie lourde et les exportations, il tend en effet aujourd’hui à privilégier les industries de transformation ainsi que les services à destination de la demande intérieure.

Or cette évolution du modèle économique chinois a un coût. Pour maintenir la croissance, la Chine a ainsi recours à une politique monétaire dite expansive, c’est-à-dire créant de la dette. En soutenant l’activité, elle limite les possibilités de défaut de la part des banques et des entreprises en difficulté. En revanche, cette frénésie d’investissements a contribué à créer une bulle immobilière majeure, qui a fini par se déporter sur le secteur financier. Enfin, elle détériore les finances du pays.

L’endettement chinois est-il un problème ?

La dette publique chinoise est aujourd’hui estimée à environ 50 % du PIB, bien que les sources divergent : alors que Moody’s et le FMI l’évaluent autour de 40 % en 2015, le cabinet McKinsey évoque, lui, le chiffre de 55 % (1). Des chiffres somme toute raisonnables lorsque l’on sait que le pays dispose de considérables réserves de change, estimées à 3 000 milliards d’euros (2).

Le véritable facteur d’inquiétude se situe plutôt du côté de l’endettement privé (la somme des dettes des entreprises et des ménages). Toujours selon le FMI, ce dernier aurait atteint 207,33 % du PIB à l’été 2015. Soit un cumul dette publique / privée d’environ 250 %... et donc supérieur à celui de la France (215 %) et proche de celui des États-Unis (269 %) (3).

Que faut-il en conclure ? D’une part, un rebondissement de la croissance chinoise tendrait à signifier que l’endettement public et privé serait également en forte hausse jusqu’à atteindre des niveaux préoccupants. Ceci n’est guère souhaitable sur le long terme. D’autre part, un ralentissement économique chinois signifierait que l’État prend en considération la question de la dette. Mais qui dit ralentissement dit conséquences sur la croissance dans le reste du monde. Aujourd’hui, le Brésil ou la Russie en font déjà les frais : ces pays producteurs de pétrole sont largement impactés par le ralentissement de la demande chinoise.

Et l’Europe dans tout cela ?

Avec des prévisions de croissance de 1,7 % pour 2016, la reprise dans la zone euro reste timide (4). De plus, l’Union semble de plus en plus minée par les dissensions politiques entre États membres. Pour preuve, les pays du groupe de Visegrad n’ont pas hésité à tenir tête à l’Union Européenne sur la question des quotas de migrants, mettant à mal l’autorité de Bruxelles. De même à la possibilité d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE fait planer une grande inconnue sur l’avenir de l’Union. En d’autres termes, l’Europe est rarement apparue si désunie et peu capable de résister à un nouveau séisme économique.

Toutefois, c’est surtout l’absence de leviers supplémentaires de relance économique qui fait craindre le pire en cas de ralentissement économique majeur. Si, suite à la crise de 2008, les pays européens pouvaient activer le levier de la dette ou encore la baisse des taux d’intérêts, ce n’est plus le cas aujourd’hui puisque les finances publiques sont au plus mal et les taux d’intérêt au plus bas.

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Et si ce n’était pas tant l’arrivée d’une nouvelle crise venue de Chine que l’absence de moyens économiques pour l’endiguer qui devrait nous inquiéter ? Affaire à suivre...

Source : YouLoveWords.com