Avec +2,9 % en 2016, la croissance de l'économie mondiale s'annonce décevante (1). Principale cause : les incertitudes liées au ralentissement des géants émergents, Chine, Russie et Brésil en tête.

Chute des matières premières et ralentissement chinois.

Les craintes face à une potentielle récession de l'économie mondiale ont animé les discussions du dernier Forum de Davos. Petite nouveauté : ce n'est plus l'Europe qui est au centre des préoccupations, mais une série de pays émergents, parmi lesquels trois appartenant au fameux groupe des BRICS.

Au-delà de la chute du cours des matières premières qui frappe de plein fouet les États exportateurs (Amérique latine, Russie...), c'est surtout le ralentissement du géant chinois qui fait tressaillir le monde.

Chine : l'usine du monde montre des signes de faiblesse

Les soubresauts de la Bourse de Shanghai l'été dernier avaient donné quelques sueurs froides aux places financières. Aujourd'hui, les craintes d'un ralentissement de la deuxième économie mondiale se confirment. Si les 6,9 % de croissance qu'a connu Pékin en 2015 ont de quoi faire rêver les chancelleries occidentales, cette évolution de la courbe de la croissance est la plus faible depuis 25 ans (2). Autre signal négatif, la demande intérieure est en berne et les importations ont reculé de 7,6 % (3) en 2015.

De surcroît, la plupart des indicateurs du pays sont passés au rouge l'année dernière : recul de 1,5 % des exportations, traditionnel moteur de l'économie du pays (3), fuite des capitaux estimée entre 735 et 1000 milliards de dollars (4), et diminution des réserves de change (- 512 milliards (5)). De son côté, le Yuan poursuit lui aussi sa chute et atteint son niveau le plus bas face au dollar depuis 5 ans (4), ce qui fragilise d’autant plus des entreprises nationales déjà fortement endettées.

Parmi les raisons invoquées, l'éclatement de la bulle spéculative qui s'est formée pendant les années fastes revient dans toutes les analyses. À cela s'ajoute un certain nombre de faiblesses structurelles, parmi lesquelles l'accumulation de dettes, le vieillissement de la population ou encore la hausse des inégalités et du mécontentement social. Pour d'autres, il s'agit simplement du début de la transformation de l'Empire du Milieu, qui passera entre autre par une montée en gamme de sa production et une plus grande tertiarisation de son économie.

Russie : la double crise des matières premières et du boycott occidental

Il y a encore quelques années, l'économie russe fanfaronnait. En dehors de la forte contraction de son PIB en 2009, la croissance avançait à un rythme soutenu depuis 2010, favorisée par les cours des matières premières dont elle est fortement exportatrice. Les choses semblent moins roses depuis 2014. Après un recul sévère de son PIB de 3,5 % en 2015, les experts s'attendent à - 2 % cette année (6).

Première raison : la poursuite des sanctions économiques lancées en 2014 par les Occidentaux, suite à l’ingérence de la Russie dans le dossier ukrainien. Deuxième raison : la chute du cours des matières premières et notamment du pétrole, passé sous la barre des 30 dollars.

Ces facteurs ont eu comme conséquence une chute du Rouble, qui a perdu 40 % de sa valeur en deux ans (6), une hausse de la pauvreté, qui touche désormais 14,1 % des Russes. De même, l’augmentation de l’inflation (environ 15 %) pénalise fortement la consommation des ménages (7) puisqu’elle s'ajoute à une baisse de 10 % des salaires depuis un an.

Aujourd'hui vulnérable sur les marchés financiers, la Russie va devoir réaliser des coupes importantes pour rééquilibrer un budget 2016 calculé sur l'hypothèse d'un baril à 50 dollars (8). Enfin, son implication dans la guerre contre l'État Islamique et l'accalmie des tensions en Ukraine pourraient déboucher sur un assouplissement des sanctions qui lui sont imposées.

Brésil : la première économie d'Amérique latine fragilisée.

En 2015, le ralentissement de l'économie brésilienne a débouché sur une crise. Après une correction sévère de - 3,7 % de son PIB l'an dernier, les prévisions pour 2016 sont négatives (- 2,5 %) (9).

De plus, le pays autrefois en excédent budgétaire doit désormais faire face à un déficit de 2 % (10) et affronter un chômage en hausse, qui devrait atteindre 10 % cette année (10). Dans le même temps, l'inflation a affiché en 2015 son plus haut niveau depuis 2003 (11) (+ 10,67 %), pesant encore un peu plus sur le pouvoir d'achat des ménages.

Le pays souffre du ralentissement chinois, son premier partenaire commercial, et des scandales qui touchent Petrobras, le géant pétrolier public, qui représente 10 % des investissements réalisés au Brésil. Ce dernier est d'ailleurs également pénalisé par la baisse des cours (11) du brut.

Dans ce contexte, le Brésil tente d'inverser la tendance en ouvrant davantage le crédit aux entreprises du secteur agricole, du logement ou des infrastructures. Pour rééquilibrer ses comptes, il a également annoncé des mesures d'austérité budgétaire, notamment dans la fonction publique.

--

La conjoncture de ces pays continuera de peser sur la croissance de l'économie mondiale, estimée à 2,9 % en 2016. La France, pour une fois mieux lotie que l'Allemagne (dont les exportations sont plus dépendantes du géant asiatique (12)), est indirectement exposée à ce ralentissement. En revanche, l’embargo qui pèse sur la Russie pourrait menacer près de 150 000 emplois à long terme. Enfin pour le Brésil, l'impact devrait être encore plus limité, le total des échanges commerciaux de la France avec l'ensemble de l'Amérique latine ne représentant que 2 % de leur total.

Source : YouLoveWords.com