« Prime Now » a été lancé à New York en 2014 avant d'être étendu à 44 villes du monde (1), dont Paris. Son principe : offrir à ses meilleurs clients un service premium accessible depuis une application, et qui leur permet de recevoir à domicile près de 18 000 articles, notamment alimentaires, en un temps record (2).

Si cette nouvelle peut représenter une aubaine pour certains consommateurs, les petits commerçants mettent en avant les menaces que ce service fait peser sur le tissu économique francilien. La Mairie de Paris a décidé de réagir. Elle a publié un communiqué de presse en soutien aux commerces de proximité et envisage de riposter sur le plan réglementaire.

Pourquoi la Ville de Paris monte-t-elle au créneau ?

Tout simplement parce que le secteur du commerce et de la distribution est l'un des piliers de l'économie francilienne ! Il regroupe à lui seul près de 750 000 entreprises qui emploient 3 millions de personnes (3). Cette nouvelle concurrence pourrait avoir des conséquences non négligeables sur la pérennité financière de nombre d'entre elles. L'autre risque serait de voir mourir les centres villes de la capitale et de la petite couronne, alors même que la Mairie de Paris est engagée dans la lutte contre les déserts commerciaux.

De leur côté, les conséquences environnementales de ce mode de distribution ne sont pas neutres. Alors que près d'un million de livraisons sont réalisées quotidiennement à Paris, tout service pouvant engorger les voies de communication aura un impact mécanique négatif sur la réduction des émissions de CO2 (4). Cette nouvelle tombe mal à un moment où la capitale tente de devenir l'une des championnes mondiales de la lutte contre le réchauffement climatique.

Enfin, dernier point, et sans aucun doute le plus polémique: le géant américain pratiquerait une concurrence déloyale. En dématérialisant la distribution, il s'affranchit d'une série de contraintes administratives et fiscales auxquelles sont soumis les commerçants traditionnels. Amazon est d’ailleurs régulièrement montré du doigt pour pratiquer une optimisation fiscale certes tout à fait légale, mais dont la moralité est plus discutable.

Quelles pistes pour rééquilibrer la concurrence ?

Première solution : faire en sorte que les entreprises du commerce en ligne et les petits commerçants soient soumis aux mêmes règles ! C'est notamment l'une des revendications de la CCI Paris Ile-de-France qui souhaite que les entrepôts de stockage obtiennent une autorisation administrative similaire à celle des « drive » avant de s'installer.

La Mairie de Paris entend également poursuivre sa politique de soutien aux artisans et commerçants de proximité via le programme Vital Quartier. Ses outils : maîtrise des loyers, accompagnement à l'installation et nouveaux services connectés pour les clients. Ce programme a déjà permis de maintenir ou de créer 625 commerces depuis 2004.

De son côté, le commerce est également invité à réagir pour développer son attractivité. C'est notamment l'objet de la nouvelle application myWits, déjà rejointe par plus de 200 commerçants parisiens. Elle permet d'offrir un service de livraison en magasin ou à domicile en seulement 1h30.

Les craintes des commerçants sont-elles réellement fondées ?

De la même façon que l'émergence du commerce électronique et du Drive avait effrayé les commerçants au début des années 2000, plusieurs spécialistes mettent en avant le fait que le secteur a bien résisté. Preuve de ce constat : le nombre de petites surfaces de proximité a augmenté de 39% entre 2005 et 2015 (2).

Enfin, cette arrivée peut aussi être vue comme une opportunité. En effet, ce géant peut devenir un levier pour des petits artisans et commerçants qui souffrent d'un manque de visibilité et qui souhaitent accéder à de nouveaux débouchés. C'est ce qu'il se passe aux États-Unis, notamment avec AmazonFresh qui s’appuie en effet sur un mélange de grandes enseignes et de petits commerces spécialisés.

Faut-il donc avoir peur du grand méchant Amazon ? Le débat est encore loin d’être tranché.

Source : YouLoveWords.com