C'est officiel ! Le 13 septembre, Paris a officiellement été proclamée ville hôte des Jeux olympiques de 2024. Si les autorités saluent cette victoire, plusieurs voix s'élèvent pour critiquer le fardeau financier que pourrait représenter l'événement.

Sans remettre en question la qualité du dossier parisien, le forfait des concurrentes de la capitale avait grandement multiplié ses chances d'être désignées « ville hôte ». Finalement, Los Angeles, la dernière en lice, avait même annoncé préférer accueillir les JO de 2028. Mais avant elle, ce sont Hambourg, Rome et Budapest qui ont jeté l'éponge. La raison : l'impopularité d'une telle candidature auprès de leurs concitoyens en raison des coûts pharaoniques que ce projet ferait peser sur les finances publiques. Explications.

JO 2024 : quel coût pour le contribuable ?

Les Jeux de Paris seront sobres et leur coût maîtrisé. Anne Hidalgo, la maire de Paris, se veut d'ailleurs rassurante et n'hésite jamais à rappeler que 95 % des infrastructures sont déjà existantes (1). Seule une piscine olympique sera construite en Seine-Saint-Denis. Pour le reste, la priorité sera donnée à des équipements temporaires moins coûteux. C'est ce qui explique la relative faiblesse du budget parisien : 6,8 milliards d'€, soit beaucoup moins que ce qu'ont coûté les JO de Londres en 2012 (10,9 milliards d'€) et de Rio en 2016 (12 milliards d'euros) (2).

Bonne nouvelle pour le contribuable : sur ces 6,8 milliards d'€, seul 1,5 milliard proviendra de fonds publics (1 milliard d'€ de l'Etat, et le reste réparti entre la ville de Paris, la région Île-de-France, et les collectivités locales concernées). Au final, la plus grosse part des dépenses (5,3 milliards d'€) sera prise en charge par des investisseurs privés (CIO, sponsors, autres fonds privés...) ou proviendra des recettes commerciales (billetterie, merchandising...) (3).

Quant à l'allocation de ce budget : 3 milliards d'€ seront destinés aux infrastructures et autres travaux de développement (village des athlètes, centre média, construction de la piscine olympique, rénovation de sites...) et 3,8 milliards d'€ serviront à l'organisation des jeux et autres infrastructures (services, sécurité, cérémonies, marketing...).

Malédiction du vainqueur : gare aux sorties de piste !

Si ces prévisions peuvent paraître rassurantes, plusieurs économistes n'hésitent pas à mettre en avant la « malédiction du vainqueur » qui touche presque systématiquement les villes organisatrices.

Ainsi, en dehors des Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984, aucune édition n'a été rentable pour son organisateur. Pire, le montant des dépassements budgétaires avoisinerait les 179 % en moyenne (4)! À titre d'exemple en France, ces dépassements ont été d'environ 135 % pour les JO d’hiver d’Albertville de 1992, et même de 200 % pour ceux de Grenoble en 1968. A l'international, le triste record revient à Montréal où les dépenses finales excédaient de 760 % le budget initial en 1976 ! (5).

Londres, Rio... Les exemples récents abondent également. Dernièrement, c'est Tokyo et ses jeux de 2020 qui sont sous les projecteurs, avec une facture finale qui pourrait atteindre 13,2 (6) milliards d’€ (jusqu’à 23 milliards selon les plus pessimistes), contre 4,9 milliards d’€ de budget initial. L'une des raisons de ce surcoût est la réévaluation des dépenses liées à la sécurité des sites, poste budgétaire pour lequel Paris ne prévoit pour l'instant que 186 millions d'€.

Des retombées économiques positives et non négligeables

Côté rentrées d'argent, la France parie sur des retombées économiques chiffrées entre 5,3 milliards d'€ (projection la plus basse), et 10,7 milliards (pour l'estimation la plus haute) (7). Celles-ci proviendraient majoritairement des recettes liées à l'organisation (les sponsors et la billetterie représenteraient plus de 50 % du total), mais aussi du tourisme et du BTP, notamment pour les travaux engagés. Au-delà, ce sont 119 000 à 247 000 emplois qui pourraient être créés dans les secteurs précédemment cités et leurs industries associées (événementiel, services...).

Mais pour les détracteurs, les retombées économiques envisagées par les villes candidates seraient là encore généralement plus ambitieuses que la réalité. Ainsi, si Londres anticipait près de 19 milliards d'€ de recettes en 2012, celles-ci n'auraient été que de 1,72 milliard !

Quoiqu'il en soit, accueillir un événement aussi significatif et visionné par plus de 3 milliards de téléspectateurs, peut induire une série de retombées positives en termes d'image et d'attractivité, certes plus difficiles à chiffrer, mais qui peuvent ensuite se traduire en investissements.

Un héritage urbain pérenne

Enfin, il est indispensable pour Paris d'éviter les erreurs commises par d'autres villes hôtes, au premier rang desquelles Rio ou Athènes, où certaines infrastructures olympiques sont tombées dans l'oubli. Ainsi, la construction de la piscine ou la rénovation des équipements sportifs, seront autant de legs durables dont pourront profiter les citadins.

Autre exemple, l'agglomération de Saint-Denis envisage déjà de faire du village olympique et ses 17 000 lits, un quartier de logements (dont 40 % seront à loyer modéré, avec notamment 900 chambres d'étudiants), mais aussi de commerces, de bureaux, et d'équipements publics.

Enfin, l'organisation des Jeux Olympiques boostera davantage la construction du réseau de transports Grand Paris Express, qui permettra d'allonger 5 des 14 lignes existantes, et d'en construire 4 nouvelles (8). Si les 108 milliards d'euros du projet peuvent paraître pharaoniques, les organisateurs rappellent que ce budget provient d'autres sources de financement et qu'il était d’ailleurs prévu hors du cadre des JO.

Les pouvoirs publics devront également gérer une série d'effets pervers que pourrait entraîner l'organisation des Jeux. Parmi ceux-ci : l'augmentation des loyers. Certains économistes n'hésitent pas à rappeler l'envolée des prix de la pierre dans l'est londonien en 2012, qui avait atteint +64 % en moyenne (9). Réponse, d'ici 2024 !

Source : YouLoveWords.com

Crédit visuel : Dmytro Aksonov/iStock