51,9% (1) des Britanniques ont voté pour la sortie de leur pays de l'Union Européenne. Ce résultat inaugure une période d'incertitudes politiques et économiques pour le Royaume-Uni mais aussi l'ensemble du continent.

Alors que les sondages faisaient état d'une remontée des partisans du maintien dans l'UE, le Royaume-Uni a finalement décidé de mettre un terme à son aventure européenne. Du côté des défenseurs du Brexit, ce résultat est vu comme une libération. Il valide la singularité du Royaume-Uni que le pays a toujours cherché à cultiver au sein de l'Union Européenne. Les pro-Brexit estiment ainsi que la Grande-Bretagne redeviendra à nouveau souveraine dans ses choix politiques et ne dépendra plus des institutions "technocratiques, lointaines et opaques" de Bruxelles.

Mais les premières conséquences de ce vote se font déjà sentir : tempête financière, baisse de la Livre Sterling, crise politique à Londres et Bruxelles... Sans oublier les négociations autour des modalités d'une rupture, qui promettent d'être houleuses.

Une série de conséquences immédiates

Les premières conséquences n'ont pas tardé à survenir. Dès vendredi matin, le Premier Ministre David Cameron a présenté sa démission et annoncé qu'il assurerait la transition dans l'attente de la nomination de son successeur, vraisemblablement en octobre.

Si les marchés financiers étaient à la hausse jeudi 23 juin alors que les derniers sondages donnaient une légère avance au camp du "In", c'est sans surprise que la tendance s'est fortement retournée ce matin. La bourse de Paris a ouvert en forte baisse (-7 %), à l'image des autres places financières du continent. Sur le plan monétaire, la Livre Sterling a également reculé de 11 % par rapport au dollar, soit sa plus forte baisse sur une journée depuis 1985.

L'impact du Brexit à moyen terme

Il est imprévisible. La liste des conséquences envisageables qui suit n'est donc à ce stade que purement théorique.

Hors de l'Union Européenne, les Britanniques devraient perdre les bénéfices de la liberté de circulation vers les autres pays. Vont-ils avoir besoin d'un visa pour se déplacer sur le continent ? En cas de réponse affirmative, les dizaines de milliers d'Européens qui résident sur le sol britannique devraient eux aussi demander un visa de tourisme ou de travail.

Sur le front de l'économie, la perte d'accès au marché commun pourrait coûter cher à l'économie du royaume. En effet, l'Union Européenne représente près de 55 % de ses échanges commerciaux. La hausse des barrières douanières pourrait alors se traduire par une baisse de 3 % du PIB du pays à l'horizon 2030 (2). Mauvaise nouvelle ! La France ferait partie des 6 pays les plus touchés (3) par la baisse des échanges commerciaux avec la Grande-Bretagne avec une perte à l'export pouvant aller jusqu'à 3,2 milliards d'euros sur 3 ans. Les conséquences réciproques sur l'emploi pourraient donc être importantes.

Sur le plan financier, la toute puissance de la City de Londres pourrait vaciller. Plusieurs grandes institutions financières avaient mis en garde de délocaliser une partie des emplois sur le reste du continent en cas de Brexit, à l'image de JP Morgan, Morgan Stanley ou encore Goldman Sachs. Le pouvoir d'achat à l'étranger des Britanniques devrait mécaniquement chuter suite à la baisse de la Livre Sterling. L'impact serait notamment loin d'être négligeable pour les centaines de milliers de retraités Anglais installés en Espagne et en France.

Des implications politiques significatives sur les plans internes et externes

Sur le plan intérieur britannique, le résultat va redonner des ailes aux indépendantistes écossais. A l'inverse de la tendance nationale, les Ecossais ont voté à 62 % en faveur du In ! Nicola Sturgeon, Première Ministre d'Ecosse avait prévenu : en cas de résultat divergent, la question du référendum sur l'indépendance reviendra sur la table. Et il n'est pas exclu que les citoyens écossais votent cette fois pour une rupture avec la Grande-Bretagne.

Ce résultat est également un succès pour l'aile eurosceptique du Parti Conservateur emmenée par l'ancien maire de Londres, Boris Johnson. Il devrait vraisemblablement devenir le prochain Premier Ministre du pays. L'UKIP, formation d'extrême-droite qui s'est initialement construite sur son rejet de l'UE est l'autre grande gagnante. Son leader Nigel Farage apparaît comme l'un des grands vainqueurs de ce référendum et pourrait galvaniser les velléités similaires sur le reste du continent.

Une période de négociations qui s'ouvre

Enfin, si les modalités de la rupture demeurent encore floues, il est probable que ces derniers tentent de négocier un modèle hybride à l'image de celui de la Norvège ou de la Suisse, qui disposent d'un accès au marché commun et de la libre circulation de leurs citoyens, sans appartenir à l'UE.

Les négociations promettent néanmoins d'être difficiles. En effet, du côté de Bruxelles, des concessions trop importantes pourraient légitimer le choix britannique à l'heure où les opposants de l'UE réclament des référendums similaires dans d'autres pays. Une seule certitude : quelle que soit l'issue de ce processus, l'Europe est condamnée à se réformer si elle veut à nouveau séduire ses citoyens.

Source : YouLoveWords.com