D'après un sondage OpinionWay du 24 juin 2016, 52 % des Français seraient favorable à la tenue d'un référendum sur le maintien de la France dans l'Union Européenne (1). Le sujet pourrait même être au cœur du débat de la prochaine élection présidentielle.

Depuis la victoire du « oui » au référendum britannique sur le Brexit, l'idée d'une sortie de la France de l'Union Européenne fait du chemin chez une partie de l'opinion publique et de la classe politique. Si l'idée d'un retour d'une souveraineté totale semble trouver ses adeptes, les conséquences politiques et économiques d'un « Frexit » n'en demeurent pas moins lourdes d'incertitudes.

L'impact d'un retour du franc sur l'économie et le commerce extérieur…

Contrairement au Royaume-Uni qui n'appartenait pas à la Zone euro, la France devrait aussi abandonner l’euro en cas de départ de l'UE pour reprendre le franc.

Tout d'abord, il est fort à parier que ce dernier se déprécierait fortement par rapport à l'Euro. Ceci aurait un impact positif sur les exportations françaises qui deviendraient de fait plus compétitives. À court terme, on pourrait même assister à un rééquilibrage de la balance commerciale, déficitaire de 24 milliards d'euros au premier semestre 2016 (2). Revers de la médaille : les importations deviendraient de facto plus coûteuses, un véritable problème pour une économie hexagonale qui importe une grande partie de son énergie et autres matières premières.

Une sortie de la France de l’UE entraînerait une hausse probable des taux d’intérêt auxquels les investisseurs prêtent à l’économie française. En cause : les craintes quant à la stabilité de cette nouvelle monnaie. Une telle augmentation pourrait avoir des effets pervers sur l'économie française, entraînant une contraction de l'activité et du crédit.

… Et sur la dette publique

Autre problème de taille : la dette publique française est aujourd'hui libellée en euros. Un retour au franc ferait donc gonfler son poids sur le PIB par l'effet du nouveau taux de change moins favorable. Ainsi, en cas de dévaluation de 20 % du nouveau franc par rapport à l'euro, la dette publique qui atteint aujourd'hui 95 % du PIB, pourrait en représenter 115 %.

Les doutes sur les capacités de la France à rembourser une telle somme pourraient alors inquiéter les investisseurs étrangers, ce qui pose un réel problème lorsque l'on sait que près de 66 % de cette dette est aujourd'hui détenue par des non-résidents (3).

Une sortie du marché commun

Un Frexit supposerait évidemment la sortie de la France du marché commun de l'Union Européenne et le retour de taxes sur les importations et les exportations qui seraient mises en place par les autres États membres.

Ceci aurait encore une fois de lourdes conséquences sur le commerce extérieur. En effet, entre décembre 2015 et novembre 2016, 60,1 % des exportations françaises étaient dirigées à d'autres pays de l'UE et 58 % des importations venaient de l'un d'entre eux (4). L'Allemagne, l'Italie et l'Espagne demeurent les principaux débouchés commerciaux de l'économie française. Un renchérissement du coût des exportations et importations par le jeu des tarifs douaniers pourrait être fatal à l'économie hexagonale.

Des conséquences politiques et géopolitiques

Le Frexit signifierait la fin de l'appartenance à l'Espace Schengen qui induit la libre circulation des personnes. Ceci ne serait pas sans conséquence pour les 2,2 millions de ressortissants de l'Union Européenne (5) qui vivent dans notre pays, dont une partie importante travaille dans des entreprises nationales. De même, les centaines de milliers de Français qui vivent et travaillent librement dans un autre pays du continent, seraient soumis à une politique de visa plus restrictive.

Enfin, une sortie de la France, l'un des 6 États fondateurs et deuxième pays de la zone euro par sa population, pourrait tout simplement signifier la mort de l'UE. A l'heure où les équilibres mondiaux se redessinent et qu'émergent de nouvelles puissances politiques et économiques telles que la Chine et l’Inde (2,6 milliard d’habitants en cumulé), les États-Unis et leurs 320 millions d'habitants, ou encore le Brésil et ses 200 millions d'habitants, il est fort à parier une « petite » France de 67 millions d'habitants se ferait moins entendre dans le concert des nations.

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Une sortie de la France de l'Union Européenne pourrait ouvrir un long cycle d'incertitudes à court terme. Mais cette perspective reste pour l’heure assez éloignée. Le même sondage OpinionWay de juin 2016 prévoyait qu'en cas de tenue d'un tel référendum, seulement 31 % des Français opteraient pour le « Frexit ».

Source : YouLoveWords

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