Après quatre années fastes, le taux de croissance de la finance islamique devrait ralentir et retomber sous la barre des 10 % en 2016 (1). Ses perspectives à long terme demeurent néanmoins prometteuses.

Née dans les années 1970, la finance islamique se base sur un principe simple : le respect de l'éthique religieuse musulmane. Cette finance alternative gérait déjà près de 2 000 milliards de dollars d'actifs en 2013 (1), qui pourraient atteindre 3 000 milliards de dollars d'ici 10 ans. Si cette somme reste modeste par rapport aux 100 000 milliards gérés par la finance mondiale (2), ses perspectives prometteuses s'appuient sur le potentiel d'un marché de près d'1,6 milliards de musulmans dans le monde (3). Cependant, la baisse des cours du pétrole devrait temporairement affecter sa croissance.

Des produits financiers conformes aux préceptes coraniques

La finance islamique désigne les transactions et les produits financiers, de l'épargne à l'investissement en passant par le prêt, qui sont conformes à la charia. Cette dernière définit une série de normes et de règles doctrinales qui codifient certains aspects de la vie publique et privée d'un musulman.

La finance islamique se base sur 5 principes fondamentaux :

  • L'interdiction de l'usure et de la collecte d'intérêts (ou riba) de la part des établissements financiers.
  • Un partage équitable des risques et des profits entre prêteur et emprunteur (en cela elle peut être considérée comme participative).
  • L'interdiction d'investir dans des activités considérées comme contraires à l'islam (fabrication ou vente d'alcool, industrie porcine, pornographie, vente et production d'armement ou jeux de hasard).
  • L'interdiction de la spéculation pure (Gharar), c'est-à-dire de la vente de produits dérivés ou de la vente à découvert.
  • L'adossement systématique des produits financiers à l'économie réelle.

La création de produits financiers spécifiques

En conséquence, plusieurs produits financiers dits « halal » ont été créés. Parmi les plus fréquents, on retrouve :

Le Murabaha, qui peut être vu comme un crédit dépourvu d'intérêts et qui sert principalement à acheter des biens de consommation. Son principe est simple : la banque achète le bien et le revend au client en différé moyennant un prix fixé à l'avance.

De son côté, le Musharaka se conçoit comme un partenariat d'investissement entre deux parties pour l'acquisition d'un actif. Les profits et les pertes sont partagés équitablement et selon des termes définis à l'avance. Le Musharaka peut ainsi être considéré comme une forme de capital-investissement.

Enfin, le sukuk, très populaire, se rapproche des obligations proposées par la finance traditionnelle et permet de participer au financement de grands projets. Le rendement et le capital de ces titres sont adossés à la performance de l'actif détenu par l'émetteur et servent à rémunérer et rembourser le client. Par ce biais, ce dernier dispose donc d'un droit de copropriété sur le bien. En d’autres termes, l’investissement n’est donc pas fondé sur l’émission de dette, mais bien sur un actif tangible.

Un succès croissant

Les banques islamiques disposaient déjà de près de 40 millions de clients en 2014 (4). Plusieurs centaines d'institutions sont actives dans ce domaine et réparties dans environ 70 pays. Néanmoins, la finance islamique reste principalement concentrée dans deux zones : le Moyen-Orient, Iran et Arabie-Saoudite en tête, et l'Asie-du-sud-est, notamment la Malaisie.

Mais les pays occidentaux s'intéressent également à son potentiel ! Au Royaume-Uni, près de 323 millions de dollars de sukuks ont été émis par des établissements financiers en 2013 (4). Le Royaume-Uni est le premier État non musulman à avoir annoncé l'émission d'un sukuk en 2014 (2). Londres se bat même aujourd'hui pour devenir une des principales places financières de la finance islamique, disputant le titre à Kuala Lumpur et Dubaï.

La France s'est elle aussi lancée dans la course. Dès 2008, des modifications aux réglementations fiscales nationales ont été mises en place pour permettre les montages de ces produits spécifiques et attirer les investisseurs moyen-orientaux (5) .

Cette finance alternative a connu quelques succès qui ont participé de sa popularité. Les banques islamiques ont par exemple mieux résisté aux conséquences de la crise financière de 2008, via une exposition moindre aux créances toxiques et une plus forte emprise avec l'économie réelle. Si la baisse actuelle des cours du pétrole ralentit sa progression, la finance islamique dispose de réserves de fonds propres et de liquidités importantes, et son formidable potentiel à moyen terme devrait encore lui permettre d'encaisser certains chocs (4).

Source : YouLoveWords.com
Crédit visuel : Leonardo Patrizi / iStock