Sur le front du chômage, la France semble faire moins bien que ses voisins européens. La faute à une croissance atone ou à la rigidité du marché de l’emploi hexagonal ? Probablement un peu des deux. Décryptage.

Lorsqu’on évoque les chiffres du chômage, mieux vaut faire preuve de prudence car on a tôt fait de passer de l’embellie à la dégradation, selon la période prise en considération et la méthode de calcul retenue (chiffres de Pôle Emploi, de l’Insee, du BIT, etc.).

D’après Eurostat (l’organisme statistique de l’Union européenne), , le taux de chômage dans l’UE atteint 7,8 % en avril 2017, et 9,3 % dans la zone euro. La France, elle, affiche un taux de chômage de 9,5 %, soit un des taux les plus élevés de l’UE.

Un marché de l’emploi plus rigide en France qu’ailleurs

Une des raisons fréquemment invoquées pour l’expliquer est la rigidité du marché du travail en France. Mais qu’entend-on par là précisément ? Les économistes listent 4 principaux facteurs de rigidité :

  • Le dualisme du marché du travail. Ce marché serait compartimenté en deux segments. D’une part, le segment primaire regroupant les emplois typiques, stables et à durée indéterminée (CDI). D’autre part, le segment secondaire rassemblant ceux qu’on appelle les outsiders, des travailleurs précarisés et ayant signé des contrats à durée déterminée (CDD). L’étanchéité de ces deux segments freine le jeu de l’offre et de la demande et ne favorise pas la mobilité des salariés.

  • La difficulté et le coût du licenciement, qui font partie des conséquences du point précédent.

  • Le coût du travail. Selon Eurostat, le coût de l'heure de travail dans l'ensemble des secteurs marchands est de 36,8 € en France, contre 35,3 € en Allemagne par exemple.

  • Les freins à la création de son propre emploi, même si des progrès ont été accomplis à travers notamment la création du statut de micro-entrepreneur.

Des contreparties qui protègent les salariés et amortissent les chocs en cas de crise

Toutefois, disposer d’un Code du travail très protecteur des salariés n’est pas sans avantages, y compris pour les entreprises.

D’une part, il permet de faire jouer les fameux « stabilisateurs automatiques » en cas de choc économique. Si le coût du travail est élevé, c’est parce que les cotisations sociales le sont aussi. Or, ce sont elles qui financent notre système de protection sociale et permettent de soutenir la demande, même en cas de chômage de masse.

D’autre part, la précarisation des salariés peut s’avérer contre-productive pour l’économie à moyen terme : elle est génératrice de conflits sociaux et grève la consommation des ménages. Le Royaume-Uni, avec ses contrats d’une heure, ou encore l’Allemagne, avec ses jobs à un euro, en ont fait l’amère expérience.

À noter également que des inflexions ont déjà eu lieu avec l’introduction de la rupture conventionnelle, des réflexions sur le chômage partiel en cas de ralentissement de l’activité ou bien encore la proposition d’un barème pour les indemnités prudhommales.

Comment Emmanuel Macron entend-il relancer l’emploi ?

La nouvelle politique gouvernementale entend réformer le marché de l’emploi en poursuivant quatre objectifs :

  • Abaisser le coût du travail pour l’employeur : transformation du CICE en allégement de charges permanent, baisses de charges pour les emplois peu qualifiés, création d’”emplois francs”.

  • Simplifier la création de nouveaux emplois, notamment en rendant plus accessible le Code du travail pour les PME et en simplifiant la vie des indépendants.

  • Développer la formation en portant un effort massif sur l’apprentissage.

  • Accompagner la mobilité des travailleurs à travers une généralisation de l’assurance chômage.

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La fluidification du marché de l’emploi est incontestablement une partie du problème, même si les différentes écoles de pensée s’affrontent sur la question de savoir quelle est la meilleure manière de procéder. Au demeurant, toutes s’accordent sur un point : le meilleur moyen de relancer l’emploi, c’est de relancer la croissance !

Source : YouLoveWords Crédit Visuel : PeopleImages / iStock