Conséquence du vote sur le Brexit, le PIB britannique pourrait reculer de 1,5 % à 4,5 % d’ici 2019 (1) selon le FMI. Afin de se prémunir contre ces risques, le pays souhaite devenir hyper compétitif sur le plan fiscal.

Georges Osborne, ministre britannique des Finances a ainsi annoncé vouloir diminuer l’impôt sur les sociétés de 20 à 17 % en 2020, puis à moins de 15 % ensuite (1). Objectif : retenir les entreprises qui seraient tentées de quitter le pays une fois que celui-ci sortira de l’UE. Si cette annonce est encore loin de s’être concrétisée, elle n’a en revanche pas tardé à déclencher l’ire des partenaires européens de Londres. Ces derniers, France en tête, dénoncent les risques de dumping fiscal sur le continent au moment où le G20 tente de mieux encadrer ces pratiques.

Quelle est la stratégie de Londres ?

En cas d’adoption d’une telle réforme, le Royaume-Uni se rapprocherait du taux d’imposition irlandais et deviendrait le deuxième pays européen le plus attractif pour les entreprises sur le plan fiscal. Conséquence : Londres se transformerait en une sorte de paradis fiscal au cœur de l’Europe, un atout de taille à l’heure de séduire les grandes et moyennes compagnies.

Aucun règlement européen n’interdisant à un pays de diminuer ses impôts, chaque État dispose du droit d’appliquer les mesures budgétaires et fiscales qu’il souhaite. Tout au plus, une recommandation fiscale enjoint les différents pays à mettre en place des taux " proches de la moyenne " (2).

Une concurrence déloyale pour les autres pays

Problème : le taux d’impôt sur les sociétés s’élève en moyenne à 25 % dans l’Union européenne. Il atteint environ 30 % en Allemagne et même 34 % en France. Voisin de la Grande-Bretagne, notre pays serait l’un des premiers affecté par une telle mesure.

Cette dernière pourrait même déboucher sur une sorte de guerre fiscale à l’échelle du continent, où les différents pays seraient tentés de baisser tour à tour leur impôt sur les sociétés afin de ne pas subir de plein fouet la concurrence de Londres. Pour preuve, les Pays-Bas et l’Irlande — qui disposent d’ores et déjà de régimes fiscaux très avantageux — ont annoncé qu’ils réagiraient en cas de réforme britannique.

Une telle spirale contribuerait à diminuer les rentrées d’argent dans les caisses des États : une perspective dangereuse dans un contexte où un certain nombre d’entre eux tentent toujours de résorber leurs déficits publics.

Une réforme peu probable ?

C’est en tout cas ce qu’affirment plusieurs institutions internationales, dont l’OCDE, qui invoquent le coût que représenterait une telle mesure pour le Royaume-Uni. En effet, une baisse aussi soudaine des rentrées fiscales pénaliserait fortement l’équilibre budgétaire national, à l’heure où le pays continue de lutter contre un déficit public important. De plus, les bénéfices qui découleraient d’une telle mesure restent hypothétiques. Rien ne présage que cela suffira à retenir les entreprises en cas de sortie du marché commun.

Autre raison : à l’heure des scandales financiers de type LuxLeaks ou Panama Papers, cette décision ne manquerait pas de provoquer un tollé et de ternir l’image du Royaume-Uni. Elle interviendrait même à contre-courant de l’histoire puisque ces pratiques sont actuellement dénoncées et que le G20 cherche à créer un consensus mondial à leur encontre.

Enfin, si Londres négocie un statut " à la norvégienne" en conservant un accès au marché communautaire, une clause devrait obliger le pays à respecter les standards fiscaux de l’OCDE.

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Bien qu’une telle mesure semble relativement improbable et dépende beaucoup de l’issue des négociations avec l’Europe, il est fort à parier qu’elle demeure un coup de communication ou un instrument de pression. Affaibli par le résultat du référendum, le Royaume-Uni tente avant toutes choses de rassurer le monde des affaires en lui rappelant qu’il reste un pays " business friendly ".

Source : YouLoveWords.com
Crédit visuel : Borut Trdina / iStock