Face aux chiffres mitigés de ces dernières années, le modèle des soldes est de plus en plus questionné par les professionnels et les clients.

Le bilan des soldes d'été 2016 était en demi-teinte. La consommation aurait en effet en moyenne reculé de 1 % (1) par rapport à la même période de 2015, année déjà jugée décevante. Depuis plusieurs années, les professionnels interrogent le bien fondé de cet événement bi-annuel créé pour écouler les stocks d’invendus avant le début d'une nouvelle saison. En cause : la multiplication des promotions durant le reste de l'année et l'augmentation de la concurrence sur internet. Explications.

L'ère de la promotion permanente

Déstockages, ventes d'usines, offres promotionnelles... Depuis plusieurs années, les enseignes n'hésitent pas à organiser des périodes de rabais, quelle que soit la saison. Cette dérégulation progressive a évidemment fait perdre aux soldes leur statut de temps fort des bonnes affaires. Un exemple : il n'est désormais pas rare que les marques organisent des ventes privées à leurs clients les plus fidèles une semaine avant le lancement officiel des soldes. Preuve s'il en est, 50 % des Français les jugent désormais incontournables et y consacrent un budget de près de 160 € (2).

Autre exemple : l'arrivée en France du phénomène américain du Black Friday. Créé aux États-Unis afin de lancer la période des courses de Noël au lendemain de Thanksgiving, cette journée est l'occasion pour les marques d'organiser des offres promotionnelles exceptionnelles qui provoquent une ruée en magasin. Cette année, le Black Friday s'est tenu le 25 novembre en France. Les conditions diffèrent cependant un peu des États-Unis : les promotions ne se limitent pas à une seule journée mais durent généralement un week-end, voire une semaine, dans les chaînes de grande distribution, et jusqu'à 15 jours chez certains acteurs du e-commerce.

La concurrence d'internet

Internet est justement le terrain par excellence de cette promotion permanente. Et l'impact n'est pas neutre à l'heure où les Français dépensent désormais près de 70 milliards d'euros (3) sur le web chaque année, et que le chiffre d'affaires du commerce en ligne a augmenté de 14 % entre 2014 et 2015.

En effet, 68 % des Français estiment même que les promotions sur Internet ont désormais remplacé les soldes (4). Parmi les acheteurs en ligne, 58 % affirment réaliser leurs courses sur des sites de ventes privées et 54 % sur des sites d’e-commerce proposant des réductions.

Dans le même temps, Internet a fait exploser le nombre de sites de revente d'articles de seconde main ou à prix cassés. Si Leboncoin.fr est la plus célèbre de ces « marketplaces » en France, eBay ou Amazon ont également participé à l'essor d'une concurrence qui pèse sur le commerce traditionnel.

Des changements législatifs peu opportuns

Enfin, certains changements dans la réglementation des soldes ont également contribué au développement d'une méfiance des consommateurs à leur égard. En effet, jusqu'à 2015, la législation stipulait que le prix barré qui faisait l'objet d'une promotion, devait correspondre au prix le plus bas pratiqué durant les trente derniers jours précédant les soldes.

Or, depuis la prise d'un arrêté en 2015, cette règle n'existe plus. Désormais, le prix de référence est déterminé par l'annonceur et doit simplement avoir été affiché ne serait-ce qu'une heure dans la boutique. Ceci a entraîné certains gonflements artificiels des prix de référence, une pratique dénoncée à plusieurs reprises par la Répression des fraudes.

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Face à ce désamour croissant, plusieurs mesures sont à l'étude pour relancer les soldes et mieux résister à la concurrence sur internet. Parmi celles-ci, la Fédération nationale de l'habillement (FNH) se prononce en faveur de l’organisation de quatre périodes de soldes, plus courtes, en lieu et place des deux longues périodes actuelles. Une piste à suivre ?

Source : YouLoveWords.com

Crédit visuel : svetikd / iStock