Le 19 avril 2016, le Premier Ministre Manuel Valls a ouvert le débat sur la mise en place d'un revenu universel (1). Cette idée vieille de plusieurs siècles fait un retour remarqué sur la scène politique occidentale depuis plusieurs années (2). Son principe : verser à chaque citoyen une « allocation universelle », indépendamment de sa situation professionnelle, sans contrepartie, et cumulable avec d'autres revenus.

Une personne peut décider de vivre de cette allocation, ou de compléter ses revenus en travaillant. Le travail devient donc une option. Selon un récent sondage, 60 % des Français seraient favorables à sa mise en place (3) et le revenu universel compte des adeptes dans toutes les familles politiques, des libéraux aux marxistes. Explications.

Un revenu universel pour lutter contre l'exclusion

L'un des premiers objectifs de cette mesure est évidemment de lutter contre la pauvreté. En effet, grâce à ce revenu garanti, personne ne se trouverait en risque d'exclusion et chacun disposerait de quoi survivre.

L'effet d'entraînement sur l'économie pourrait également être fort. Si un tel dispositif n'a jamais été défendu par l'économiste J.M. Keynes, certains considèrent que le revenu universel est une mesure d’inspiration keynésienne. En effet, donner un revenu minimum à tous, notamment à ceux qui n'en ont pas, relancerait la consommation et donc la production et l'emploi.

Autre vertu du revenu universel, il permettrait de valoriser certaines activités et professions qui créent une valeur non marchande hors de l'entreprise, tels que le bénévolat, les activités artistiques, culturelles ou caritatives, et inciterait les initiatives personnelles dans ces domaines. Ce qui ne manquerait pas de créer des externalités positives en termes de solidarité ou encore de vivre ensemble.

Un revenu universel pour s'adapter aux nouvelles réalités économiques

À gauche, les défenseurs de cette mesure considèrent que rendre les populations moins dépendantes des fluctuations de l'économie et des entreprises rééquilibrerait le rapport de force entre patrons et salariés. De plus, le travailleur serait mieux protégé, et disposerait de ce filet de sécurité automatique en cas de bas salaire ou de licenciement.

Pour les libéraux qui apportent leur soutien au revenu universel, ce dernier encouragerait la prise de risque et favoriserait l'entrepreneuriat. De plus, il participerait de la libéralisation du marché du travail en rendant certains dispositifs, tels que le SMIC, obsolètes, et supprimerait les freins à l'embauche. Dans le même temps, alors que l'uberisation de l'économie modifie en profondeur la conception traditionnelle du salariat, la souplesse qu'apporterait le revenu universel serait parfaitement adaptée à cette nouvelle réalité.

Enfin, le développement du numérique et l'automatisation progressive des tâches vont raréfier les besoins en main d'œuvre. Ainsi, en France, près de 42 % des métiers pourraient être automatisés en 2030 (4). Mettre en place cette allocation serait donc un moyen d'anticiper cette révolution, et de garantir un revenu minimum à tous lorsque les besoins humains seront moins importants.

Comment financer le revenu universel ?

S'il est une question qui fait plus débat que les autres, c'est celle du financement. Pour les libéraux, ce dernier serait garanti grâce à la suppression de toutes les aides existantes (retraites, RSA, allocations familiales, etc.), mais aussi des structures administratives chargées de leur gestion. D'autres, notamment à gauche, plaident pour le maintien a minima de l'assurance maladie.

Le financement de cette mesure pourrait également se faire via une augmentation des prélèvements sur le revenu des ménages, des entreprises ou encore sur le patrimoine. Une hausse de la TVA ou de la taxe Tobin sur les transactions financières, pourrait également être envisagée.

Expérimentations à l’étranger et avancée du débat en France

Plusieurs villes ou pays ont déjà expérimenté des mesures se rapprochant du revenu universel. C'est par exemple le cas de la Bolsa Familia mise en place par Lula au Brésil en 2004 : cette dernière a permis de sortir des millions de Brésiliens de la pauvreté et de faire émerger une vaste classe moyenne. Outre l'expérimentation finlandaise en cours, le Québec, la Suisse ou les Pays-Bas s’intéressent de très près à cette mesure.

En France, le Conseil National du Numérique a remis en février un rapport au Gouvernement dans lequel il préconise sa mise en place. Plusieurs montants ont été envisagés, depuis celui du RSA jusqu'à 750 ou 1000€ (5). Le député Christophe Sirugue a également remis en avril un rapport à Manuel Valls, dont les conclusions plaident pour une fusion des minima sociaux au sein d'une seule allocation de 400 €versée en fonction des ressources à partir de 18 ans. Elle serait plus importante pour les personnes âgées, handicapées ou en insertion professionnelle.

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Malgré tout, les opposants tentent de se faire entendre. Pour eux, l'existence d'aides différenciées répond à des objectifs et situations qui demandent un traitement personnalisé. Ils redoutent que cette apparente égalité, ne fasse en fait croître les inégalités. D'autres s'interrogent également sur la destruction du système de protection sociale et la perte de cohésion qu'elle impliquerait. Quoiqu'il en soit, si le débat est ouvert en France, il est loin d'être tranché…

Source : YouLoveWords.com

Credit visuel : Massimo Merlini / iStock