Privées d’accès au marché européen en cas de « Hard Brexit » (on vous explique ici la différence entre « Soft » et « Hard Brexit »), les banques britanniques pourraient payer un lourd tribut. En filigrane, c’est le choix de la prochaine grande place financière européenne qui se dessine. Que faut-il retenir de l’année écoulée ?

Parmi les principes fondamentaux de l’Union européenne, il y a la libre circulation des hommes, des marchandises et… des capitaux ! C’est bien ici que le bât blesse pour le Royaume-Uni, qui aurait bien du mal à se passer de son industrie financière florissante. En 2014, le secteur financier (banque et assurance) comptait déjà pour 7,4 % du PIB du Royaume-Uni et la valeur des actifs détenus par les établissements bancaires domiciliés en Grande-Bretagne était 4,5 fois supérieure au PIB du pays !

Les conséquences de la probable perte du passeport financier

La sortie du marché commun signifie pour les banques britanniques la perte du fameux “passeport financier”, une série d’accords permettant aux banques de vendre et échanger leurs produits financiers sans contraintes au sein de l'Espace Économique Européen.

Un système d’équivalences pourrait toutefois permettre un accès réciproque des entreprises aux services financiers des deux côtés de la Manche, sur le modèle de ce qui se fait déjà avec les États-Unis, le Canada ou le Japon. Un tel mécanisme présente certaines limites : il peut par exemple être révisé à tout moment ou encore être limité à certaines activités. C’est sur la nature de ces accords que les négociations devraient se cristalliser.

Les banques internationales dont la succursale européenne était située à la City sont d’ores et déjà tentées de relocaliser tout ou partie de leurs équipes à Paris, Francfort, Luxembourg ou Dublin. 1 800 milliards d’euros d’actifs pourraient être ainsi rapatriés au sein de l’UE. L’activité sur le marché britannique risquerait alors de s’en ressentir fortement.

Les banques britanniques ne sortiront donc probablement pas gagnantes du Brexit. Le cercle d’influence TheCityUK estime ainsi qu’un « Hard Brexit », c’est-à-dire si l’accès des banques britanniques à l’Espace Économique Européen était complètement coupé, coûterait 43 milliards d’euros au secteur financier outre-Manche.

De plus, c’est l’effet de contagion qui laisse craindre le pire pour la finance britannique. Si la City de Londres concentre 750 000 des 2,2 millions d’emplois que compte l’industrie financière dans le pays, il ne faut pas oublier le reste de la population qui, directement ou indirectement, est employée dans la banque, les assurances, etc. Au total, 21 villes au Royaume-Uni comptent plus 100 000 personnes travaillant dans les services financiers. Le secteur de la finance pourrait ainsi perdre de 30 000 à 200 000 emplois, selon les estimations.

La Banque d’Angleterre menace

Si la City était en position de force avant le Brexit, les banques du continent européen semblent anticiper un retournement de tendance comme le révèle une étude du cabinet Emolument, portant sur la rémunération des banquiers. Les banques européennes du continent sont devenues plus compétitives que leurs concurrentes anglaises auprès des jeunes recrues.

Presque un an après l’annonce du Brexit, la Banque d’Angleterre a donc décidé de réagir en mai 2017. Les 140 banques européennes et internationales opérant sur le territoire britannique pourraient être contraintes de transformer leurs succursales, parfois de simples boîtes aux lettres administratives, en véritables filiales. Un processus très coûteux puisque, d’après une étude du Boston Consulting Group, la facture pourrait avoisiner les 40 milliards d’euros.

Une mesure contre-productive de la part du gouverneur de la Banque d’Angleterre ? Non, tout juste un moyen de rappeler que si les banques britanniques pourraient pâtir de la fermeture du marché européen, le Royaume-Uni est lui aussi capable de dresser des barrières à l’entrée…

Source : YouLoveWords Crédit Visuel : ImageGap / iStock