Le service militaire obligatoire a été officiellement suspendu par décret en 2002. Mais face à la montée des tensions communautaires et suite aux actes terroristes de 2015, plusieurs voix s'élèvent pour en rappeler les bénéfices. De Jean-Pierre Chevènement à Xavier Bertrand, des personnalités de gauche comme de droite mettent en avant ses effets positifs sur la cohésion républicaine et nationale, mais aussi sur le plan de la sécurité. Aujourd'hui, si le débat est davantage politique et philosophique, l'impact économique d'une telle mesure est parfois également souligné.

Le rétablissement du service national est-il financièrement viable ?

Pour rendre le service militaire obligatoire pour les près de 800 000 jeunes éligibles, l'État devrait prévoir un budget de 4 milliards (1) d'euros. En 2008 déjà, le Ministre de l'éducation Luc Ferry avait commandé un rapport sur son rétablissement et signalait que son coût pourrait même atteindre 5 milliards d'euros annuels (2).

Dans un contexte de réduction des dépenses, où l'État s'est engagé à faire 50 milliards d'euros d'économies pour satisfaire aux critères européens, une telle mesure fait grincer des dents. Ses détracteurs n'hésitent d'ailleurs pas à la qualifier d'irréaliste.

Le rétablissement du service national est-il matériellement viable ?

Si près de 200 000 militaires forment aujourd'hui les rangs de l'Armée française (3), 50 000 sous-officiers supplémentaires seraient nécessaires pour encadrer tous ces jeunes. De façon plus réaliste, et compte tenu de ses capacités matérielles actuelles, l'Armée ne serait en mesure de former que 30 000 jeunes chaque année. L'idée serait donc plutôt de concentrer les efforts sur ceux qui en ont le plus besoin (3).

De plus, grâce aux Établissements publics d’insertion de la défense (Epid) mis en place en 2002, ainsi qu'au service militaire adapté (SMA), ce sont déjà 5 000 jeunes supplémentaires qui sont formés chaque année.

Enfin, ces deux dispositifs ont été renforcés depuis 2015 par l'ouverture du premier centre de service militaire volontaire à Montigny-lès-Metz par François Hollande. D'autres devraient être créés dans un futur proche.

Vers une garde nationale et civique ?

Cette idée lancée par le Gouvernement devrait permettre à des citoyens de 18 à 25 ans de réaliser des travaux d'intérêt public afin de bénéficier de formations. Ces travaux comprendraient un volet sécuritaire et un volet humanitaire et social.

Dans ce projet, la participation se ferait dans un premier temps sur la base du volontariat et concernerait quelques 350 000 jeunes. Elle deviendrait toutefois obligatoire dans un deuxième temps, et cela, pour une durée de 8 mois (5). Ceci permettrait notamment de constituer un réservoir mobilisable en cas d'urgence.

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Le service militaire obligatoire permettant à des jeunes de tous horizons sociaux et géographiques de se rencontrer, l'impact positif sur la cohésion nationale est évident et bienvenu dans le contexte actuel. Néanmoins, un retour en arrière semble difficile à court terme, la solution pourrait alors se trouver dans la création d'un service hybride de durée courte afin de susciter davantage de vocations.

Source : YouLoveWords.com

Crédit visuel : Paul Piebinga / iStock