51,9 % des Britanniques ont voté en faveur d'une sortie de leur pays de l'Union Européenne (1). Aux États-Unis, M. Trump plaide pour une révision des traités de l'ALENA. Le monde se dirige-t-il vers un retour des frontières ?

La crise financière de 2008 a semé le doute sur le bien fondé du modèle politique et économique qui a dominé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Alors que les pays occidentaux se relèvent difficilement de la crise de 2008, les géants émergents, Chine, Brésil et Russie en tête, sont à leur tour confrontés à un fort ralentissement économique. Cette crise de la mondialisation, exacerbée par des questionnements identitaires croissants, aboutit au retour marqué du protectionnisme dans les discours et les actes politiques. Et si la frontière redevenait à nouveau un rempart ?

Vers une remise en cause du libre-échange ?

C'est désormais officiel ! M. Trump sera bien le candidat du Parti républicain dans la course à la Maison Blanche (2). Connu pour ses diatribes anti-mexicaines régulièrement critiquées par ses détracteurs, le milliardaire s'est également imposé dans les primaires grâce à un discours de remise en cause du libre échange, aux antipodes de celui traditionnellement défendu par les Républicains.

Deux pays concentrent la majeure partie de ses critiques. Le premier : le Mexique, accusé d'user de pratiques commerciales déloyales qui détruiraient les entreprises et les emplois américains. En réponse, M. Trump plaide pour une renégociation de l'ALENA, l'accord de libre commerce entre les États-Unis, le Canada et le Mexique signé en 1993. Autre pays sous le feu des critiques : la Chine, qu'il accuse des mêmes maux et à qui il souhaite imposer d'importants droits de douane sur les importations.

Mais M. Trump n'a pas le monopole du discours protectionniste. En Europe, plusieurs mouvements populistes, notamment de droite radicale, plaident également pour une renégociation des traités de libre-échange, voire la sortie de l'Union Européenne et l'élévation des droits de douanes.

Les frontières politiques et humaines se dressent à nouveau

Cette tentation du repli investit également le champ politique. Le candidat républicain se montre par exemple partisan d'un retour à une politique isolationniste des États-Unis sur le plan international et prône le refus de l'ingérence militaire. Au Royaume-Uni, le discours victorieux des partisans du Brexit s'est quant à lui en grande partie basé sur l'idée d'une reprise en main du pays, symbolisée par le slogan "Taking our country back".

Ce souverainisme s'accompagne très souvent d'un repli identitaire aux relents xénophobes. Preuve s'il en est, cette même campagne pour le Brexit a été largement dominée par la question de l'immigration, accusée de mettre en péril l'économie et l'identité britanniques, bien plus que par les questions économiques. Ici encore, la question des frontières est bel et bien au centre du jeu.

En cause : l'afflux de migrants tentant de gagner l'Europe afin de fuir la guerre au proche et au Moyen-Orient a cristallisé de nombreuses peurs. La récente construction d'un grillage entre la Serbie et la Hongrie pour contenir ces entrées (3) est un nouvel exemple de la place nouvelle accordée à la frontière par nombre de dirigeants politiques.

Conséquence : l'idée de remettre en cause le Traité de Schengen, qui permet la libre circulation des citoyens au sein de l'Espace Économique Européen depuis 1995, est à nouveau sur la table. Un revirement idéologique majeur dans la construction européenne, qui a tout au long de son histoire, conduit à un effacement des frontières.

Le retour des frontières est-il possible ?

Aux États-Unis, nombre d’experts s'accordent pour dire que la mise en place de mesures économiques protectionnistes au sein de la plus grande puissance mondiale pourrait déboucher sur une guerre commerciale avec la Chine dont l’issue serait plus qu’incertaine. De plus, le protectionnisme appelé de ses vœux par M. Trump pourrait bien dégrader un certain nombre d’indicateurs économiques, à savoir une hausse de l’inflation, de la dette publique et du chômage (4).

Il en va de même pour la Grande-Bretagne, qui a d'ailleurs déjà fait de son maintien dans la zone de libre-échange commercial européenne l'un des piliers de la négociation à venir. Pour rappel, 55 % du commerce du pays est réalisé avec l'Union Européenne (5). Enfin, si l'immigration a été agitée comme un épouvantail par les partisans du Brexit, son impact négatif sur l'économie du Royaume est loin d'être avéré puisque, selon Le Figaro, la seule immigration européenne aurait rapporté quelques 25,4 milliards d'euros dans les caisses du Royaume entre 2001 et 2011 (6).

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Face à la tentation du repli, les organismes internationaux que sont le FMI et G20 ont mis en garde les États contre les dérives protectionnistes et populistes (7). Néanmoins, la voie empruntée par les principaux États occidentaux dépendra en grande partie des résultats des prochaines élections présidentielles, aux États-Unis bien évidemment, mais également en France.

Source : YouLoveWords.com
Crédit visuel : Jeff Goulden