Fer, charbon, cuivre, aluminium... Aux côtés du pétrole, ce sont toutes les matières premières qui connaissent une baisse de leur cours depuis 2014. Les principaux pays exportateurs, dont les revenus dépendent en grande partie du niveau des prix, souffrent beaucoup de cette situation. Russie, Venezuela, Nigéria ou encore Algérie doivent faire face à une augmentation de leurs déficits et une forte dégradation de leur balance commerciale. En revanche, à court terme, l'Europe et notamment la France peuvent tirer profit de cette baisse.

Excès d’offre : les États-Unis, premier producteur de pétrole au monde !

En premier lieu, c'est l'excès d'offre sur le marché qui tire les prix vers le bas. En quelques années, les États-Unis, premiers consommateurs de brut, sont aussi devenus le premier pays producteur de pétrole au monde grâce au développement de l'exploitation des gaz de schiste.

À titre d'exemple, le pays produit aujourd'hui 12,6 millions de barils par jour (1), soit 1,4 million de plus que la Russie et 2,5 millions de plus que l'Arabie-Saoudite. L'arrivée du pétrole iranien sur les marchés en raison de la fin des sanctions devrait encore renforcer cette tendance. Téhéran envisage en effet d'atteindre prochainement une production d'un million de barils par jour contre 300 000 en moyenne aujourd'hui (2).

Baisse de la demande : pays émergents au ralenti et tensions géopolitiques

En parallèle, la chute de la demande mondiale accroît ce surplus de production. La croissance reste relativement molle en Europe et le ralentissement brutal de plusieurs géants, Chine en tête, implique une baisse de la consommation de pétrole.

Enfin, les tensions géopolitiques dans la Péninsule arabique ne sont pas complètement étrangères à cette diminution. L'Arabie-Saoudite, qui dispose d’importantes réserves de change lui permettant d'encaisser plus durablement cette baisse, maintiendrait un niveau de production important pour maintenir les faibles prix actuels. L'objectif serait d'affaiblir son ennemi iranien ainsi que la Russie, trop présente dans la région au goût de Riyad depuis son intervention militaire en Syrie.

Une bouffée d'oxygène à court terme pour la France et l'Europe.

Pour l'Europe et la France, gros importateurs de brut, la première conséquence positive est de taille : les dépenses des entreprises en énergie diminuent. Ainsi, la facture énergétique française a baissé de 14,6 milliards en 2015 et atteint son niveau le plus bas depuis 2009 (3).

Ceci permet aux entreprises d'améliorer leurs marges et d'augmenter leurs capacités d'investissement. De 2014 à 2015, la diminution du cours du brut aurait ainsi permis un gain de 0,3 % de croissance en France (4).

La balance commerciale hexagonale s'en ressent également. Si les exportations ont augmenté, c'est surtout la baisse du prix du pétrole qui est à l'origine de la diminution importante de notre déficit commercial (-21,6 % en 2015 (5)).

Enfin, cette situation est également positive pour le consommateur. Ainsi fin 2015, le Ministère de l'Écologie indiquait que les prix à la pompe avaient diminué de 25 % depuis 2014, une baisse qui aurait atteint 44 % pour le fioul domestique (6). Autant de coups de pouce qui ont une incidence positive directe sur le pouvoir d'achat des ménages et peuvent aider à relancer la consommation.

Pour beaucoup d'analystes, le prix du baril ne repassera pas au-dessus de la barre des 50 $ d'ici 2020 (2). Si ceci peut apparaître comme une bonne nouvelle pour la France, sur le long terme, une baisse soutenue des prix peut néanmoins avoir des conséquences désastreuses pour les pays producteurs. Ces dernières pourraient conduire à un accroissement des tensions géopolitiques et financières, dans un monde toujours affaibli par la crise financière de 2008.

Source : YouLoveWords.com