Norvège, Émirats Arabes Unis, Qatar, Singapour... Depuis plusieurs années, les fonds souverains acquièrent une importance grandissante. Leur existence n'est cependant pas nouvelle. C'est le Koweït, riche état pétrolier du Golfe persique qui a créé le premier fonds souverain en 1953, rejoint aujourd'hui par une quarantaine d'autres pays, dont la France (1). Leur fonctionnement est simple : ce sont des fonds de placements financiers détenus et gérés par des États qui les alimentent grâce aux liquidités générées par certaines activités, telles que le pétrole. Mais pour leurs détracteurs, leur poids grandissant implique certaines conséquences géopolitiques. Explications.

Les fonds souverains, un levier de diversification de l'économie

Faire fructifier l'argent obtenu grâce à l'exportation des matières premières : voici l’objectif premier qui a sous-tendu la création des premiers fonds souverains. Il s’agit donc pour les pays concernés de profiter de cette manne pour diversifier leurs économies, trop dépendantes de la fluctuation des cours des matières premières.

C'est ce qui a par exemple poussé le petit émirat qatari à se doter d'un fonds souverain et à se lancer dans une série d'investissements internationaux ces dernières années. En France, le très médiatisé rachat du PSG ou les prises de participation dans des entreprises stratégiques telles qu'EADS et Lagardère en sont quelques illustrations.

Début juin, c'est l'Arabie Saoudite qui a annoncé un vaste plan de diversification de son économie, visant à créer 450 000 emplois en 4 ans (2). Riyad est en effet fortement affecté par la chute du prix du baril, dont dépendent 70 % de ses revenus (3). Dans le cadre du Projet « Vision 2030 », les dirigeants saoudiens ont fait part de leur intention de vendre 5 % d'Aramco, la compagnie nationale de pétrole, pour se doter d'un fonds souverain de 2 000 milliards de dollars, qui en ferait le plus grand de la planète. Cette position est actuellement occupée par le fonds souverain norvégien (866 milliards de dollars).

Des conséquences géopolitiques significatives

Principal problème de ces fonds, l’opacité de leur fonctionnement et leur concentration dans certaines régions du globe. S'ils géraient près de 5 600 milliards de dollars d'actifs en 2013 (1), près de 75 % d'entre eux se répartissaient entre le Moyen-Orient (50 %) et l'Asie (25 %) (4). Enfin, seuls sept États concentraient près de 86 % du total des actifs !

Si Riyad affirme que son nouveau fonds souverain sera en mesure de contrôler plus de 10 % de la capacité d’investissement mondiale, les implications en termes d'influence géopolitique sont énormes. En rendant un certain nombre d'États et de grandes entreprises dépendantes de l'argent saoudien, il est fort à parier que le pays utilisera ce levier pour peser sur certains dossiers politiques et diplomatiques.

Ce rapport de force peut aussi entraîner certaines crispations identitaires. En 2012 déjà, la volonté affichée par le fonds qatari d'investir dans les banlieues françaises avait été très fraîchement reçue par certains, qui y avaient vu une manœuvre pour étendre l’influence culturelle et religieuse d’une branche de l’Islam.

Aussi, certains pays cherchent à mettre leur influence au service de certaines pratiques économiques éthiques. C'est le cas du gigantesque fonds norvégien, lui aussi alimenté par les revenus du pétrole, et qui a édicté des règles très strictes, telles que le refus d'investir dans certains secteurs (armement, tabac...) et de donner la priorité aux projets bénéfiques pour l'environnement.

Et la France dans tout cela ?

Dans ce panorama, la France n'est pas en reste. Elle est même l'un des rares pays européens à disposer de son propre fonds souverain. Il s'agit du fonds stratégique d'investissement, crée en 2008 et intégré à Bpifrance depuis 2013. Son objectif : investir dans des actifs pour soutenir activement les PME, les ETI et les grandes entreprises stratégiques (5).

Source : YouLoveWords.com

Crédit visuel : Darryl Peroni